Tocards cosmiques

Après quelques recherches pragmatiques, je suis arrivé à la conclusion que les prévisions d’activité solaire ne sont généralement que de la foutaise.

Les quelques radioamateurs qui prétendent avoir une connaissance approfondie de la propagation HF pourraient tout autant lire dans des os de poulet ou en palpant des testicules de bouc, comme le ferait n’importe quel sorcier qui se respecte, pour établir leurs « prédictions ».

Ce qui frappant, c’est que ces « chamanes du soleil » autoproclamés ont réussi à convaincre un grand nombre d’autre radioamateurs, par ailleurs intelligents, qu’ils pouvaient réellement prévoir la propagation radio.

Cela se voit d’ailleurs au nombre incalculable de pages web qui affichent une de ces images « live » du soleil, accompagnée de quelques numéros vaudous supposés vouloir dire quelque chose.

Maintenant, avouez-le: Vous est-il déjà arrivé d’entrer dans votre shack, d’allumer votre ordinateur, d’aller voir votre page web et, en voyant que les prévisions de propagation étaient mauvaises, de quitter le shack sans même allumer votre récepteur ? Pensez-vous vraiment que les autres vont allez consulter l’encart magique de votre site web afin de décider s’ils allaient trafiquer aujourd’hui ?

Bien sur que non ! Vous avez mis ce petit graphique sur votre page web parce que ça fait « cool ». Cela fait un lien entre votre hobby et l’espace, et vous pensez que cela vous donne l’air malin.

Je ne suis pas complètement débile; je sais bien que certains ont étudié pendant des années et ont obtenu plusieurs doctorats en physique spatiale, qu’ils passent leur vie à étudier la météo spatiale et ses effets sur l’ionosphère, qui détermine le conditions de propagation radio. Et je suis certain que leur savoir doit être utile à la NASA ou à ceux qui lancent ou exploitent des satellites au dessus de nos têtes.

Mais.. faisons un rapide calcul, si vous le voulez bien ?

Notre soleil est une étoile active depuis 4,5 milliards d’années. Les humains ne mesurent l’activité solaire que depuis quelques siècles, et nous ne connaissons la relation entre cette activité et la propagation HF que depuis 75 ans. Alors voyons… Oseriez-vous, après avoir regardé un homme de 65 ans pendant 3 secondes, prétendre que vous en savez assez pour prévoir toutes ses actions futures !

Cela explique d’ailleurs en grande partie pourquoi le récent minimum d’activité solaire a causé aux pronostiqueurs tant d’agitation et de nuits blanches.

Dès que quelques taches ont pointé leur nez à la surface du soleil il y a quelques semaines, ils se sont empressé de nous dire « vous voyez, nous vous l’avions dit que le cycle 24 allait arriver ! »… et puis les tâches ont disparu comme elles étaient venues, et le soleil est redevenu calme.

Il doit vraiment être dur pour eux d’avoir tort aussi souvent et aussi longtemps. Ces comiques ne sont même pas au niveau des présentateurs météo de la télé, qui arrivent quand même à nous donner une fois sur deux sans se tromper le temps qu’il a fait, après coup !

Mais oublions un moment le fait que ces gars-là n’en savent pas plus que nous tous sur les prédictions de  propagation HF, même si eux le croient.

Quelqu’un ici prend-il leurs observations au sérieux, ou les trouve-il utiles, en pratique ?

Si j’allume mon récepteur, en deux minutes je dois pouvoir vous dire si la propagation est bonne sur les différentes bandes. Il n’y a pas besoin de confirmation par un graphique rigolo tiré d’une page web ! Et à l’inverse, si le graphique rigolo me dit que les conditions sont mauvaises, j’allumerai quand même mon transceiver ! Je n’ai pas tant de temps que cela à consacrer à la radio, alors je ne vais pas m’en priver juste parce que l’on nous a prédit de mauvaises conditions !

Mais alors, à quoi ça sert ?

Si vous chassez le DX, il vous sera plus utile de regarder le cluster que les séries de chiffres de la météo solaire. Si vous faites des contests, les conditions de propagation ne vous intéressent pas non plus puisque de toute façon le contest aura lieu à telle date, que la propagation soit bonne ou non ! Je ne pense pas que le CQWW ait déjà été reporté pour cause de « mauvaises prévisions de propagation » ?

Alors donc, je vous le redemande, à quoi ça sert ?

Il est parfois intéressant de faire l’expérience d’une chute brutale de la propagation et d’apprendre ensuite de la NASA qu’une éruption solaire en était responsable. Ceci dit, cette information arrive généralement après les faits, et ne sert pas à grand chose.

Quand les chamanes du soleil pourront réellement changer le nombre de taches solaires, ou bien me dire comment sera la propagation entre chez moi et l’Australie sur 20m le 20 Juin 2012 -sans se tromper- alors là, je serai impressionné. Mais il n’y a rien d’impressionnant, ni aucune compétence particulière nécessaire pour lire les observations de la NASA, les triturer, les arranger à sa manière, et diffuser cela comme votre propre bulletin de prévisions de propagation.

Allez-y, vous pouvez le faire vous-même, comme n’importe qui d’autre !

Mais si vous pensez que nous avons parmi nous des magiciens prophètes qui ont un don spécial pour prédire où iront vos signaux radio lorsque vous appuierez sur le manip, libre à vous.

Il y en a bien qui croient aux horoscopes…

(Librement traduit et adapté d’un article de KE9V, avec son aimable autorisation)

Nous ne sommes pas des amateurs

J’ai depuis longtemps la sensation que le terme « radioamateur » est obsolète. Le diminutif « ham » est encore pire. Ces termes donnent une image vieillie d’hommes encroûtés, conservateurs, cyniques et obèses, même si ce stéréotype est en grande partie exact.

Nous devons réfléchir aux changements qu’a subi le radioamateurisme au cours des 60 dernières années. Nous ne sommes plus un groupe dans lequel le gouvernement pourra puiser des opérateurs de radio comme cela a été le cas lors de la Deuxième Guerre mondiale. Nous n’inventons pas non plus de technologies de pointe. Aujourd’hui, nous  ne faisons que nous amuser avec de nouvelles façons de faire de la radio, principalement avec des ordinateurs et des logiciels, et nous avons développé de nouvelles applications comme l’APRS, mais cela reste quand même de la communication de base. Les industriels ne viennent pas nous voir pour la prochaine technologie 5G sans fil.

Les communications amateur étaient autrefois le reflet des communications professionnelles. Nous étions tous sur les bandes HF, en morse, avec le code Q et beaucoup de jargon. Nos équipements étaient à peu près interchangeables avec ceux des pros.

Aujourd’hui, les militaires ne comptent plus sur la HF, le trafic maritime commercial en HF n’est plus qu’un souvenir historique à préserver.

Nous avons évolué, en tant que radioamateurs, dans une sorte de « capsule temporelle » au fil des années alors que le reste du monde a changé autour de nous. Les contests sont devenu un sport à part, dont les racines remontent aux temps anciens des réseaux radio, lorsque DX était de 100 miles. Nos efforts dans le domaine des communications d’urgence sont nobles, autant que ceux qui donnent leur temps, leur énergie et de leur équipement, mais ils restent des exercices où l’on se prépare à des situation dans lesquelles, en pratique, on ne nous appelle jamais. Si une grosse bombe nucléaire devait nous tomber dessus demain, il est peu probable que beaucoup d’entre nous soient là pour trafiquer !

Notre communauté radioamateur est très diversifiée.. Peut être vaut-il mieux d’ailleurs parler de « nos » communautés ? Nous avons des QRPistes, des contesteurs, des ADRASEC, des amateurs de numérique, des fanas de l’AM, de SSTV ou de CW, des fans satellite, des fondus d’APRS, des chasseurs de renards, des D-STARistes, des hypéristes etc etc… Chacun de ces groupes travaille et approfondi ses connaissances dans son domaine. Et c’est un art.

Même la FCC américaine reconnaît le terme « art » dans la règlementation amateur US:

 » Continuation and extension of the amateur’s proven ability to contribute to the advancement of the radio art. »

Le Larousse définit le terme « art » notamment comme:

  • Ensemble des procédés, des connaissances et des règles intéressant l’exercice d’une activité ou d’une action quelconque : Faire quelque chose selon les règles de l’art.
  • Toute activité, toute conduite considérée comme un ensemble de règles, de méthodes à observer : Bien vivre, aimer, penser est un art.
  • Habileté, talent, don pour faire quelque chose (parfois ironique et surtout dans des expressions) : Avoir l’art du compromis.

Force est de constater que ces définitions s’appliquent bien à notre « art de la radio » !

Nous n’existons plus comme le pendant « amateur » des professionnels de la communication. Nous sommes des artistes et nous le sommes en préservant notre art de façon indépendante de ce qui se passe dans le monde extérieur.

Mais plus que seulement des artistes, nous nous engageons dans nos réalisations, nous sommes des artisans !

Nous sommes des Radio Artisans !

(Librement traduit et adapté d’un article de K3NG, avec son aimable autorisation)


Etats d'âme ?

Ma freebox est en rade, elle a rendu l’âme un beau matin sans que l’on sache pourquoi.

Je plaisante, tout le monde sait bien qu’une freebox n’a pas d’âme! N’empêche qu’elle rendait quand même de fiers service depuis 2006, et qu’il n’y a rien de tel qu’une dizaine de jours sans internet ni téléphone pour s’en convaincre.

J’espère que vous avez passé un bon Noël, c’est à dire un Noël avec une âme (et avec ceux qui vous sont chers), et pas seulement un noël avec des cadeaux.. parce que les cadeaux finissent toujours par vous lâcher un beau matin, sans que vous sachiez pourquoi.

Le blog radioactif termine 2009 avec près de 10000 visiteurs uniques absolus. Merci de votre intérêt ! Côté trafic radio, je n’ai pas mes stats précises sous la main (je ne suis pas à la maison)(parce qu’à la maison il n’y a pas d’internet)(c’est pour voir si vous suivez) mais 2009 se termine avec plus de 3000 QSOs et 250 entités contactées dans l’année (peut-être 251 d’ailleurs, parce que j’avais contacté PY0FF après avoir regardé les stats.. à voir..).

Amitiés à toutes et à tous en rendez-vous en 2010 !

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radioamateur

Edwin H. Armstrong, W2XMN (1890-1954)

Edwin Howard Armstrong est un des inventeurs géniaux oubliés de l’Amérique. Il entra sur la scène des grands inventeurs américains juste après des géants comme Thomas Edison et Alexandre Graham Bell. Mais son travail dans le domaine de la technique radiophonique fut peut-être, de celle de tous les inventeurs individuels, la plus importante des cinquante premières années de la radio. Il avait reçu une meilleure instruction que Michael Faraday, qui avait découvert en 1831 l’induction électrique alors qu’il était apprenti-relieur. Mais il avait la même intuition au sujet de la manière dont les ondes radio fonctionnaient et, en trois occasions au moins, Armstrong inventa des technologies extrêmement importantes qui firent avancer notre compréhension de la radio.

W2XMN

Au lendemain de Noël 1933, quatre brevets furent accordés à Armstrong pour son invention la plus importante : la radio FM. Jusque là, les radios grand public émettaient en modulation d’amplitude (AM). Les théoriciens de l’époque avaient déclaré que la radio en modulation de fréquence (FM) ne pourrait jamais fonctionner. Ils avaient raison pour la radio FM dans une bande étroite de fréquences. Mais Armstrong découvrit que la radio à modulation de fréquence dans une large bande de spectre délivrait un son d’une fidélité étonnante, avec beaucoup moins de parasites, et nécessitait bien moins de puissance d’émission.

Il fit une démonstration de cette technologie le 5 novembre 1935, au cours d’une réunion de l’Institut des Ingénieurs Radio, à l’Empire State Building de New York. Il tourna le bouton de réglage de la radio, captant au passage une multitude d’émission AM, jusqu’à ce qu’il trouve l’émission qu’il avait préparée, l’émetteur étant situé à vingt-sept kilomètres de là. La radio se fit tout à fait silencieuse, comme si le poste était mort, et alors, avec une clarté que personne dans la pièce n’avait jamais entendue venant d’un appareil électrique, elle reproduisit la voix d’un animateur : « Ici la radio amateur W2AG à Yonkers, New York, émettant en modulation de fréquence à deux mètres cinquante. »

L’auditoire entendit alors ce que personne n’avait cru possible :

On versa un verre d’eau à Yonkers, devant le microphone : le bruit ressemblait à celui de l’eau qui coule… On froissa et déchira une feuille de papier : le bruit fut celui du papier, et non le grésillement d’un feu de forêt… On passa un disque des marches de Sousa, et on joua un solo de piano et un air de guitare… La musique se répandit avec une clarté rarement, voire jamais entendue venant d’une « boîte à musique » radiophonique.

Comme nous le suggère notre bon sens, Armstrong avait découvert une technologie de radio très supérieure. Mais à l’époque de son invention, Armstrong travaillait pour la RCA. La RCA était alors l’acteur dominant du marché alors dominant de la radios AM. Vers 1935, il existait un millier de stations de radio à travers les Etats-Unis, mais les stations des grandes villes appartenaient toutes à une poignée de réseaux.

RCA

Le directeur de la RCA, David Sarnoff, un ami d’Armstrong, voulait qu’Armstrong trouve un moyen de supprimer les parasites de la radio AM. Il fut donc fort enthousiasmé quand celui-ci lui annonça qu’il avait un système pour supprimer les parasites de la « radio ». Mais quand Armstrong lui montra son invention, Sarnoff ne fut pas content.

« Je pensais qu’Armstrong allait inventer une sorte de filtre pour enlever les parasites de notre radio AM. Je ne pensais pas qu’il allait lancer une révolution : démarrer une fichue nouvelle industrie qui entrerait en compétition avec la RCA. »

L’invention d’Armstrong menaçait l’empire de la RCA, et la firme entreprit d’étouffer la radio FM. La FM était peut-être une technologie supérieure, mais Sarnoff était un tacticien supérieur. Comme le décrit un auteur,

Les atouts de la FM, essentiellement d’ordre technique, ne faisaient pas le poids face aux efforts des marchands, bureaux de brevets et cabinets d’avocats, pour éloigner cette menace contre l’industrie dominante. Car la FM, si on la laissait se développer librement, impliquait (…) un bouleversement des rapports de force au sein de la radio (…) et à long terme l’abandon du système soigneusement contrôlé de radio AM, grâce auquel la RCA avait bâti son empire.

Au début, la RCA confina la technologie au sein de l’entreprise, en insistant sur le fait qu’il était nécessaire de faire des expériences supplémentaires. Quand, après deux ans de tests, Armstrong s’impatienta, la RCA commença à utiliser son pouvoir auprès du gouvernement pour bloquer le déploiement de la radio FM dans son ensemble. En 1936, la RCA engagea l’ancien directeur de la FCC, avec pour mission de faire en sorte que la FCC attribuerait les fréquences de manière à castrer la FM, essentiellement en déplaçant la radio FM vers une bande différente du spectre. Au début, ces efforts échouèrent. Mais quand l’attention d’Armstrong et celle de la nation furent détournées par la seconde guerre mondiale, le travail de la RCA commmença à porter des fruits. Peu après la fin de la guerre, la FCC annonça un ensemble de mesures clairement destinées à paralyser la radio FM. Comme Lawrence Lessing le décrivit :

La série de coups qu’a reçus la radio FM juste après la guerre, sous forme de réglements dictés, à travers la FCC, par les intérêts des grandes maisons de radio, étaient d’une force et d’un caractère retors incroyables.

Afin de faire libérer des fréquences pour le dernier pari de la RCA, la télévision, les utilisateurs de la radio FM allaient être déplacés vers une bande de fréquences totalement nouvelle. Il fallut aussi diminuer la puissance des émetteurs radio FM, ce qui signifiait qu’on ne pouvait plus utiliser la FM pour radiodiffuser d’un bout à l’autre du pays. (Ce changement fut très fortement soutenu par AT&T, parce que la perte d’émetteurs relais FM impliquait que les stations de radio auraient à acheter des liaisons filaires à AT&T.) La progression de la radio FM fut ainsi étouffée, du moins provisoirement.

Armstrong résista aux efforts de la RCA. En réponse, la RCA résista aux brevets d’Armstrong. Après avoir incorporé la technologie FM dans les standards émergents de la télévision, la RCA déclara les brevets invalides, sans raison, et presque quinze ans après leur dépôt. L’entreprise refusa donc de lui payer des royalties. Pendant six ans, Armstrong livra une coûteuse guerre légale pour défendre ses brevets. Finalement, juste au moment où les brevets expiraient, la RCA proposa de transiger pour une somme si faible qu’elle ne couvrait même pas les frais d’avocats d’Armstrong. Défait, brisé, et désormais ruiné, Armstrong écrivit en 1954 un court billet à sa femme, et se donna la mort en se jetant par la fenêtre du treizième étage.

Tiré de « Free Culture », un livre de Lawrence Lessig disponible gratuitement en français sous licence Creative Commons.

Une biographie de Edwin Howard Armstrong a également été écrite par Lawrence Lessing (!) sous le titre « Man of High Fidelity » en 1956. Elle est disponible gratuitement en ligne.

Voir également ce site internet radioamateur qui perpétue son souvenir.

A propos de l'extension du 40m

J’avais initialement envoyé ce qui suit sous forme d’email sur la liste des Présidents Départementaux du REFU, mais  cette liste dispose visiblement d’une communication directe avec Onlineradio, et mon message s’y est retrouvé instantanément. Je vais donc le publier ici également, avec l’avantage de pouvoir y répondre aux éventuels commentaires, chose que je ne fais pas sur Online. Ce message long et pénible est le résultat de mes recherches au sujet de l’extension du 40m…

J’ai essayé d’être aussi précis que possible, et donc de citer toutes les sources afin de permettre à ceux ou celles qui le souhaiteraient d’aller voir à la source.

Comment doit se faire l’extension du 40m ?

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est d’abord que nous avons en France un système administratif à la noix (spécialité bien française que l’on peut également retrouver dans les statuts actuels du REFU) qui attribue les fréquences NON PAS à leurs utilisateurs, MAIS à leurs administrations de tutelle. Lesquelles les attribuent à leur tour à leurs « administrés ».

Le tout sous le contrôle de l’ANFR, agence dont le rôle est de « planifier l’usage du spectre » entre les différentes administrations de tutelle.

Donc si vous aviez R.F.I qui émettait (via T.D.F) sur 7130kHz ce n’est pas parce que cette fréquence (ou cette bande) était attribuée à T.D.F. La bande 7100-7200 était attribuée au C.S.A, qui administre en France les opérateurs de  l’audiovisuel. Le CSA attribue ensuite le 7130kHz selon des procédures qui lui sont propres, de la même façon qu’il attribuerait le 105,5MHz pour France-Info.

L’extension du 40m consiste donc en plusieurs étapes:

  • Dé-attribution du segment 7100-7200 du CSA
  • Attribution du segment à l’ARCEP
  • Attribution par l’ARCEP aux radioamateurs

Lu comme cela c’est assez simple, mais chaque étape est constituée de plusieurs « sous-étapes », ce qui complique et ralentit singulièrement le processus. Il en est de même de l’intervention de l’ANFR.

A l’inverse, la majorité des autres pays du monde font simple: L’état attribue directement le segment aux radioamateurs, qu’il « gère » directement.

Les étapes, en détail

– A l’été 2003 (!) lors de la Conférence Mondiale des Radiocommunications (CMR-03), il est décidé de modifier le Règlement des Radiocommunications (RR) de l’UIT en fixant au 29 Mars 2009 la date à laquelle le segment 7100-7200 devrait être abandonné par la radiodiffusion au profit des radioamateurs. Le RR de l’UIT est un document contraignant pour la France: L’UIT est un organisme de l’ONU chargé de réglementer et d’harmoniser l’usage des fréquences au plan mondial, et la France se doit donc d’appliquer les pactes internationaux qu’elle a conclu. Le RR constitue le cadre réglementaire mondial d’utilisation du spectre applicable aux 191 Etats Membres de l’UIT.

Malheureusement, l’UIT fait commerce du RR, et il faut débourser 308CHF pour se le procurer. C’est un comportement scandaleux dont elle n’a pas le monopole, j’y reviendrai. Heureusement, le RC 4U1ITU a mis en ligne gratuitement quelques extraits nous concernant.

– Personne ne se préoccupe de la situation entre 2003 et 2009. Il est évident qu’il faudra agir, mais l’administration, avec son grand sens de l’anticipation, ne fait rien. Elle renvoie même l’URC dans ses cordes corsque celle-ci émet l’idée d’une affectation anticipée.

– A l’étranger, certains pays dotés d’administrations intelligentes obtiennent l’attribution du segment aux  radioamateurs à titre secondaire avant la date fatidique, dès 2004 (nous avons donc CINQ ANS DE RETARD sur eux ! BRAVO LA FRANCE !). Il s’agit par exemple du Royaume-Uni, de l’Irlande, la Croatie, la Norvège ou San-Marin.

– Chez nous, tout le monde se cramponne à ses petits privilèges. Ce n’est pas pour rien que l’on appelle les fréquences (et aussi les numéros de téléphone) des « ressources rares » ! Ainsi du CSA ou de RFI, qui continuera à émettre sur 7130kHz pendant plusieurs années (je n’ai pas la date d’arrêt effectif ?)

– L’affaire somnole donc jusqu’en Mars 2009, et le 11 Mars 2009, la Commission de Planification des Fréquences  (ANFR) inscrit (enfin) le sujet à l’ordre du jour. Le principe du transfert du segment du CSA vers l’ARCEP est décidé

– La décision est validée lors du Conseil d’Administration de l’ANFR du 26 Mars 2009.

– Le CSA et l’ARCEP dépendent de Ministères différents. Le transfert doit donc s’effectuer par l’intervention d’une autorité supérieure, c’est à dire le Premier Ministre.

– Le 10 Avril 2009, un courrier du Premier Ministre interroge donc les deux autorités en cause (ARCEP et CSA) sur le projet de modification du TNRBF. Le projet comporte le point qui nous concerne (7100-7200) ainsi que d’autres modifications. Le TNRBF (Tableau National de Répartition des Bandes de Fréquence) est un document de référence qui précise pour chaque bande de fréquences radioélectriques le ou les services de radiocommunication autorisés en France et le ou les affectataires français correspondants. Il est maintenu par l’ANFR. Il n’est pas disponible gratuitement en ligne, l’ANFR en fait commerce en le vendant 60€.

– Le 30 Avril 2009, l’ARCEP rend l’avis qui lui a été demandé par le Premier Ministre. En ce qui nous concerne, la rédaction de cet avis est particulièrement trompeuse, puisque l’ARCEP écrit « En application des dispositions du numéro RR. 5.141 du règlement des radiocommunications, l’attribution la bande 7 100-7 200 kHz au service de radiodiffusion en régions 1 et 3 est supprimée. Cette bande est attribuée au service amateur à titre primaire au profit de l’Autorité en région 1. »

Plus tard, certains esprits s’emballeront à la lecture de cette phrase, à tort: Quand elle écrit « cette bande est attribuée », l’ARCEP ne veut pas dire « nous l’attribuons » (elle n’a pas la possibilité de le faire à ce stade, si vous avez bien suivi !), l’ARCEP ne fait que constater que cette bande est attribuée aux radioamateurs, sur le plan international, par le RR ! En conséquence, l’ARCEP rend un avis favorable.

– Le 19 Mai 2009, le CSA rend un avis favorable et sibyllin

– Le 25 Juin 2009, le Premier Ministre décide . Mais à vrai dire, on ne sait rien de ce qu’il décide. Il arrête juste une modification du TNRBF. Mais comme je l’ai écrit ci-dessus, le TNRBF, il faut payer pour voir.

– A ce stade, le REF commet une BIG boulette alors que l’URC informe les radioamateurs de façon précise.

Nous en sommes aujourd’hui à ce stade. Le segment est donc transféré à l’ARCEP, qui doit désormais nous l’attribuer.

Si l’on consulte le site de l’ARCEP on peut constater que c’est en bonne voie, mais la décision de l’ARCEP « désignant des bandes de fréquences pour les installations de radioamateurs » n’est pas encore prise.

C’est une décision soumise à homologation du Minitère de tutelle de l’ARCEP (Economie, Industrie, Emploi). Il faudra donc qu’elle soit homologuée par un arrêté de ce Ministre. Le tout sera alors publié au Journal Officiel, et nous pourrons alors légalement utiliser ce segment.

Pour un exemple de ces deux étapes lors d’une modfication de nos bandes, voir une précédente décision similaire de l’ARCEP et son homologation. A vrai dire, je me demande si la décision fait l’objet d’une quelconque publication avant son homologation. Nous avons donc peut-être franchi l’étape « ARCEP » sans le savoir.

Addendum à propos du TNRBF

Je vous invite à retourner lire la décision du Premier Ministre du 25 Juin 2009.

Le Premier Ministre nous dit en substance « j’ai décidé quelque chose, mais je ne vous dis pas quoi, c’est dans le TNRBF ». Et l’ANFR nous dit « Vous voulez voir le TNRBF ? Mais oui bien sur, c’est 60€ ».

Et après on nous dit que « nul n’est censé ignorer la loi » ? Je trouve cela proprement scandaleux.

Suite à la publication de l’arrêté du Premier Ministre, j’ai donc candidement demandé à l’ANFR à recevoir gratuitement le TNRBF. Bien entendu, j’ai eu la réponse à laquelle je m’attendais: Envoyez 60€.

Devant une situation aussi nulle, j’ai donc réitéré ma demande de TNRBF gratuit en LRAR. Je n’ai pas reçu de réponse.

J’ai donc saisi la Commission d’Accès aux Documents Administratifs du refus qui m’était opposé par l’ANFR.

J’ai reçu hier la décision de la CADA. La voici. La Commission conclut dans un sens qui m’est favorable, elle considère que l’ANFR doit fournir (et pas qu’à moi, d’ailleurs) le TNRBF gratuitement.

Voila donc un point de marqué.

A la lecture de cela, je devine déjà certaines remarques « si on passe notre temps à ennuyer l’administration, pas étonnant après qu’elle soit peu réceptive à nos demandes ». Je pense que ce stade-là est dépassé.

La mauvaise volonté administrative est évidente pour tout ce qui concerne l’évolution de notre environnement règlementaire (parmi les 191 états-membres de l’ITU, je serai curieux de faire le compte de ceux qui ont déjà attribué le segment 7100-7200 à leurs radioamateurs en application de la CMR-03, et ceux qui ne l’ont toujours pas fait !). Notre règlementation est extrêmement rétrograde, qu’il s’agisse des fréquences, des classes d’émissions, des possibilités d’interconnexion etc..

Si l’administration française était seule, il y a bien longtemps qu’elle aurait tiré un trait sur le radioamateurisme. Il ne survit chez nous que grâce aux conventions internationales, et les rares avancées que nous obtenons viennent toutes de l’étranger.